
Développer une politique culturelle ambitieuse en milieu rural est souvent perçu comme un défi, parfois même comme une utopie. Éloignement des grands équipements, contraintes budgétaires, publics dispersés : les arguments du renoncement sont bien connus. Pourtant, l’histoire du Théâtre des Poissons, implanté au cœur d’une petite commune du Beauvaisis, démontre l’inverse. Elle rappelle une vérité simple mais essentielle : la culture n’est pas une question de taille, mais de volonté, de vision et de constance.
Une expérience locale devenue référence
Né dans un contexte rural, le Théâtre des Poissons s’est progressivement imposé comme un lieu de création, de diffusion et de rencontre. Son existence prouve qu’un équipement culturel peut irriguer bien au-delà de ses frontières communales. En attirant artistes, compagnies, scolaires et habitants, il a créé un point de gravité culturel là où on ne l’attendait pas nécessairement.
Cette réussite tient à plusieurs facteurs : une programmation exigeante mais accessible, une attention portée à tous les publics, et une inscription assumée dans le territoire du Beauvaisis. Le théâtre n’est pas un objet isolé ; il dialogue avec son environnement social, éducatif et institutionnel.
La culture en milieu rural ne peut être descendante ou hors-sol. Elle doit être vécue, partagée, appropriée. Le Théâtre des Poissons a montré qu’un lieu culturel peut devenir un espace commun, où se croisent générations, sensibilités et parcours de vie. Cette fédération repose sur un principe fondamental : faire de la culture un levier de lien social, et non un marqueur de distinction.
Pour les années à venir, l’enjeu est clair : transformer cette dynamique en projet collectif durable. Cela suppose de renforcer les passerelles entre les habitants et les acteurs culturels, mais aussi de penser la culture comme une composante structurante du développement local.
La première piste est celle de l’éducation artistique et culturelle, notamment au sein des écoles. L’enfance est le moment où se construisent la curiosité, le regard critique et le goût de la création. En permettant aux élèves de rencontrer des artistes, d’assister à des spectacles, de pratiquer eux-mêmes, on ne forme pas seulement des spectateurs : on forme des citoyens.
Dans un territoire rural, ces actions sont d’autant plus essentielles qu’elles compensent parfois l’éloignement géographique des grands centres culturels. Le Théâtre des Poissons a déjà ouvert cette voie. La poursuivre et l’amplifier, en lien avec les enseignants et les collectivités, constitue un investissement à long terme pour le Beauvaisis.
Deuxième pilier : les bibliothèques. Elles restent des lieux irremplaçables de transmission, d’émancipation et de découverte. Soutenir la lecture, valoriser le livre, accompagner les pratiques numériques, ce n’est pas seulement préserver un service public : c’est affirmer que la culture commence par l’accès au savoir.
Dans les petites communes, la bibliothèque est souvent l’un des rares équipements culturels permanents. Son articulation avec des lieux de spectacle comme le Théâtre des Poissons permet de créer des parcours culturels complets, du texte à la scène, de la lecture à l’expérience collective.
Le développement culturel en milieu rural ne se fait pas seul. Il s’inscrit dans un écosystème institutionnel qu’il convient de mobiliser intelligemment. Le Conseil départemental de l’Oise, le Conseil régional des Hauts-de-France, ainsi que la Direction régionale des affaires culturelles proposent des dispositifs de soutien, d’accompagnement et de financement qu’il est essentiel de coordonner.
À cela s’ajoute la nécessité de structurer un maillage territorial cohérent à l’échelle du Beauvaisis. Un réseau culturel associant le Théâtre du Beauvaisis, les structures culturelles existantes et les acteurs locaux permettrait de mutualiser les moyens, de renforcer la visibilité des projets et d’assurer une continuité artistique sur l’ensemble du territoire.
Penser l’avenir culturel du Beauvaisis, c’est accepter une vision à long terme. Les années à venir peuvent être celles de la consolidation : consolider les lieux existants, approfondir les actions éducatives, renforcer les partenariats institutionnels et territoriaux, et encourager l’émergence de nouvelles initiatives locales.
L’exemple du Théâtre des Poissons montre que la culture en milieu rural n’est ni un luxe ni une exception. Elle est une nécessité démocratique. Lorsqu’elle est pensée comme un projet partagé, elle devient un formidable moteur de cohésion, de fierté et de dynamisme local. Dans le Beauvaisis, les fondations sont là. Il reste à poursuivre, ensemble, cette construction patiente et ambitieuse.
David Crevet